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Dentifrices blanchissants : cosmétiques ou médicaments ?

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BLANCHIMENT: 

Bonne pâte, le dentifrice s'est contenté pendant des années de nous procurer une bonne hygiène dentaire. Mais depuis une vingtaine d'années, les chercheurs ou les publicitaires (ou les deux) ont décidé que le tube de dentifrice devrait être beaucoup plus performant. Dernière mission en date ? Redonner une blancheur absolue à nos précieuses dents. Il existe aujourd'hui deux sortes de dentifrices : les médicaments, vendus uniquement en pharmacie et les cosmétiques, distribués en parapharmacie et en grande surface.

D'après la réglementation, les cosmétiques sont des substances et des préparations destinées à être mises en contact avec les diverses parties superficielles du corps humain, notamment sur l'épiderme, le système pileux, les cheveux, les ongles, les lèvres, les organes génitaux externes, les dents et les muqueuses buccales, en vue exclusivement ou principalement de les nettoyer, de les parfumer, de les protéger, de les maintenir en bon état ou de corriger les odeurs corporelles…
Cette large définition regroupe une très vaste gamme de produits très différents.

Quoi qu'il en soit, un cosmétique se caractérise toujours par une action superficielle, une utilisation non médicale, des ingrédients autorisés (ou non interdits) en vue d'un rapport risque/bénéfice qui devrait être égal à zéro. En effet, si on peut accepter des risques pour des médicaments ayant un bénéfice thérapeutique démontré, il en est autrement pour des produits pour lesquels le principe de précaution devrait prévaloir.

En quoi un cosmétique est-il différent d'un médicament ?

Le médicament est une substance ou une composition qui se présente comme possédant des propriétés curatives ou préventives à l'égard des maladies. Tout produit pouvant être administré pour un diagnostic médical ou pouvant restaurer, corriger ou modifier les fonctions des organes est également un médicament.
Pour bien comprendre cette définition, sachez qu'un même produit peut être un médicament ou un cosmétique, suivant que le produit est présenté ou non, comme curatif d'une affection. Et la question devient encore plus ardue lorsque certaines affections sont à la frontière de la maladie et elle devient l'objet d'un débat d'experts.
Ainsi les consommateurs peuvent trouver des shampooings anti-pelliculaires qui sont des médicaments (et donc soumis à une autorisation de mise sur le marché et vendus exclusivement en pharmacie) et des shampooings anti-pelliculaires de statut cosmétique vendus dans tous les circuits de distribution. La distinction peut aussi ne pas être une question de présentation, mais de composition. Ainsi un dentifrice est généralement un cosmétique, mais au-delà d'une certaine teneur en fluor, il devient obligatoirement un médicament. Le médicament prévoit une administration contrôlée et une posologie précise, des conditions et des limites d'utilisation liées à d'autres substances susceptibles d'avoir des interactions (autres médicaments, alcool, certains aliments). Ceci est exigé par la réglementation et les pouvoirs publics qui délivrent les autorisations de mise sur le marché. A contrario, le cosmétique ne fait l'objet d'aucune autorisation de mise sur le marché avant commercialisation et rien n'encadre précisément l'information du consommateur pour son usage.

Pour être vendu uniquement en pharmacie, il faut que le dentifrice possède un effet thérapeutique et fasse l'objet d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par l'Afssaps, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé. La blancheur n'étant pas une finalité thérapeutique, ce ne sont ni des médicaments ni des dispositifs médicaux. Ils doivent donc posséder en plus une concentration en fluor supérieure à 150 mg pour 100 g par exemple (ou toute autre action dite médicale) pour être vendus en pharmacie.

En ce qui concerne les dentifrices distribués en parapharmacie ou en grande surface, ils contiennent une quantité limitée de principes actifs, comme le bicarbonate de sodium. Les blanchissants présents dans les dentifrices ordinaires blanchissent très peu, même ceux contenant du bicarbonate, en comparaison avec les produits spécifiques, a priori plus efficaces. L’essai comparatif publié en février 2005 dans "60 millions de consommateurs" montre néanmoins que l’efficacité n’est pas toujours à la hauteur des allégations, et que les blanchissants sont susceptibles d’altérer la couche superficielle d'émail.

De plus, il faut les employer avec précautions sur de courtes périodes, et ne pas renouveler l’application, ce qui est loin d’être clair sur les étiquettes à la rubrique "précautions d’emploi". Ces produits contiennent un taux élevé de peroxyde d’hydrogène (eau oxygénée). À noter que pour des concentrations élevées, il ne s’agit plus d’un simple cosmétique. « C'est une solution assez sûre, mais il ne faut pas l'utiliser de manière continue, précise Pierre Colon, professeur d'université et praticien hospitalier. Le mieux serait d'alterner avec plusieurs dentifrices. Un dit "normal" et un "blancheur". »

Attention donc quant à l'utilisation de ces dentifrices, car il est indiqué nulle part la teneur de ces principes actifs. L'Union européenne devrait bientôt redéfinir la réglementation sur les produits cosmétiques. Pas de réglementation officielle, pas de tests scientifiques, les dentifrices « blancheur » nous laissent dans un flou artistique, bien loin du blanc immaculé.