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L'ouverture d'un centre de blanchiment dentaire à Bordeaux

BLANCHIMENT: 

L'ouverture du premier centre de blanchiment des dents, situé dans le quartier huppé du Triangle, est loin de faire l'unanimité chez les chirurgiens-dentistes bordelais

La société Only Smile, premier centre de blanchiment des dents ouvert depuis fin décembre rue Mably, irrite certains dentistes bordelais. À la tête de cette nouvelle enseigne colorée au design tendance, proposant d'éclaircir les dents, on retrouve la souriante Marie-Julie Bouny, ex-commerçante dans une boutique chic du cours de l'Intendance. Le concept est finalement assez simple : blanchir les dents en salon. « Cette profession existe depuis longtemps aux États-Unis, en Allemagne et en Hollande. Pourquoi ne pas essayer en France, me suis-je dit ? Au départ, détaille la jeune gérante, j'avais l'intention de lancer le projet avec des dentistes vacataires, mais cela aurait alors coûté beaucoup plus cher. »

Aucune réglementation précise n'existe à ce jour en France sur le blanchiment des dents puisqu'il ne s'agit pas de soin. Marie-Julie Bouny a ouvert son commerce en décembre et déposé sa propre marque. La commerçante s'est quand même entourée de quelques précautions pour éviter tout problème, comme l'affiche installée à l'entrée, qui prévient le client. On peut lire par exemple qu'il est préférable de faire un détartrage dans un cabinet dentaire avant le blanchiment : « Il ne faut pas avoir de caries. Aussi, les amalgames éventuels doivent être refaits car ils ne blanchissent pas avec le gel, contrairement à l'émail. »

Dans son salon, elle accueille le client, l'isole dans une cabine et lui remet un kit comprenant une gouttière prête à l'emploi contenant du gel de blanchiment. Une fois les dents lavées, le client s'installe dans un fauteuil, insère lui-même la gouttière dans sa bouche. Il la raccorde à un petit tuyau envoyant des rayons ultraviolets, source de lumière accélérant le processus de blanchiment. Il se rince la bouche avant de passer à la caisse et de payer l'addition : 65 euros la séance de vingt minutes.

Forte demande des patients

Ce commerce ne fait pas l'unanimité auprès des professionnels interrogés et qui pratiquent les actes de blanchiment. Le marché de la beauté est en pleine expansion, le sourire en fait partie. Les dentistes ont une forte demande pour éclaircir les dents de leurs patients. Ces actes non remboursés par la Sécurité sociale sont facturés entre 250 et 500 euros, selon la technique utilisée. Seuls les docteurs en chirurgie dentaire sont habilités à pratiquer des soins dans la bouche des patients.

Alain Manseau, président départemental du conseil de l'Ordre des chirurgiens-dentistes, n'approuve pas ce concept : une étude est en cours pour reclasser les produits en fonction des concentrations, dans l'Union européenne. Car la législation n'est pas claire : « Pour l'heure, nul n'est autorisé à appliquer des produits sur les dents s'il n'est pas diplômé, martèle-t-il. Mais éclaircir ses dents est devenu à la mode. Le commerce en profite pour vendre toutes sortes de produits, pour la plupart inefficaces. Certains dentifrices donnent un effet blancheur instantané mais qui ne dure pas. »

Risques d'usages répétés

D'autres dentistes interrogés indiquent que les kits de blanchiment vendus en supermarché n'ont qu'un très faible pourcentage de réussite. Leur teneur en peroxyde d'hydrogène n'est que de 3 %. Chez Only Smile, la formule comprend 6 % de produit blanchissant.

Un taux « insuffisant pour être efficace sur la durée, explique le Dr Frédéric Bancaud, chirurgien-dentiste à Bordeaux. Les dents vont éclaircir pendant un certain temps pour reprendre très vite leurs teintes d'origine. En cabinet, nous utilisons des produits beaucoup plus concentrés comprenant jusqu'à 38 % de peroxyde d'hydrogène. D'autres procédés de blanchiment peuvent aussi se faire à la maison avec une gouttière adaptée (après empreintes) avec entre 7, 5 et 25 % de produit actif. »

Le professionnel met aussi en garde contre les risques de blanchiments répétés avec les produits vendus en libre-service et proposés par ce nouveau magasin : « Le produit en contact avec la surface de la dent pénètre dans l'émail, qui devient plus poreux, opaque et fragile. »

La jeune entrepreneuse n'est pas de cet avis. Elle pense au contraire que les produits qu'elle propose sont fiables et que la France est en fait très en retard en matière esthétique. « À Bordeaux, c'est toujours difficile de lancer une affaire, je considère donc qu'il s'agit d'un essai », précise-t-elle. À voir si le concept Only Smile saura le transformer. Si c'est le cas, Marie-Julie Bouny compte ouvrir d'autres magasins.

http://www.sudouest.com/gironde/actualite/bordeaux/article/549542/mil/43...